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Filikus

Fjord

Laitage fondant
Cette baie du littoral
Où le soleil luit.

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C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.

Il t'avertit, dès l' entrée, que je ne m' y suis proposé aucune fin, que domestique et privée.

Je n' y ai eu nulle considération de ton service ni de ma gloire.

Je l' ai voué à la commodité de mes parents et amis : à ce qu'ils puissent y retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu' ils ont de moi.

De Saint Amand, ce vingt cinquième de novembre deux mil six.

Vendredi 21 novembre 2008

J'avais promis de parler du film Entre les murs, mais j'attendais un peu, d'un côté pour me remettre et faire la part de mes émotions, d'un autre côté afin de n' altérer en rien le jugement de Gérald ni  sur le film,  ni  sur les causes de mon émotion puisqu'il souhaitait se faire une opinion par lui-même - et sur le film, et sur les causes de mon "flot de larmes" ...
J'espère lui avoir laissé suffisamment de temps ...

En outre, cet article s'adresse tout particulièrement à Noam :
- parce que dans les ravages de mon ordinateur, j'ai perdu ton adresse mail, Noam, au secours, redonne la moi  ! (je sais, je sais, tu l'as inscrite dans ton livre, mais je ne cesse de le prêter - tant pis pour tes droits d'auteur ! ... - donc, pas de livre, pas d'adresse ! )
- parce que Noam a aimé et le livre et le film, comme moi
- parce que nous avons un peu la même conception et des élèves et de notre métier
- parce qu'il enseigne dans un collège "difficile"
- parce que oui, j' ai suivi tes conseils, Noam, et acheté le scénario du film ... tu vois, l'ancien élève n'a pas fini de devenir mon professeur !

Donc, en attendant le film Sur la photo de classe, parlons d' Entre les murs ...


Oui, j'ai aimé, vraiment, et ce film m'a touchée.

Non, ni le film, ni l'enseignant ne sont "démago" et la question n'est certainement pas de juger le prof et de prétendre qu'on aurait fait mieux que lui, ou autrement , ce n'est pas le problème : chacun fait comme il peut dans sa classe et le film ne s'adresse pas qu'à des enseignants afin qu'ils vérifient si le prof en question respecte bien les programmes  ni s'ils sont meilleurs ou pires que lui ... (ça veut dire quoi, en plus ? )

Le film est un film, et un excellent film : il mérite pleinement sa Palme d'or  - le jury de Cannes ne s'y est pas trompé, lui !

D'abord, ce film m'a donné envie de filmer , envie de reprendre mon camescope, délaissé depuis que de chute en chute, il est rafistolé au sparadrap , envie de filmer les murs du lycée, les élèves en gros plans, les tables et les chaises de la salle de classe déserte à la fin de la journée, le lycée vide, le lycée après le combat, le champ de bataille vidé de ses protagonistes, à la fin du jour, à la fin  de la semaine , à la fin  de l'année.

Filmer le lycée comme on filmerait un lit défait au matin, une chambre vide , une table à la fin d'un repas . Filmer des objets : une cartouche d'encre vide, une boule de papier froissé , un store cassé ...

Ce sont ces dernières images qui m'ont fait éclater : j'aime rester dans ma salle de classe vide, le soir, et contempler les tables et les chaises en désordre.
J'ai souvent pleuré le soir du dernier cours, surtout lorsque ce sont les Term ou les BTS 2 qui partent : parce que je sais que je ne les reverrai jamais et que je les aime et que c'est un vrai chagrin d'amour.
Et d'amour pas forcément réciproque, et sans doute plus douloureux encore lorsqu'il n'est pas partagé, comme tout amour, non ?
Et je ne suis pas la seule .

J'ai été bouleversée par l'avant dernière scène, lorsque l'élève vient trouver l'enseignant à la fin du cours et lui dit : " Moi, Monsieur, je n'ai rien appris, rien appris, rien compris . Rien. "
Parce que des élèves comme ça, j'en ai rencontré : très gentils, dociles, silencieux, appliqués, on n'entend jamais le son de leur voix, ils ne perturbent pas le cours, bien sages,  ils ne disent jamais rien et on leur met de mauvaises notes, parce qu'ils ne comprennent rien ou pas grand-chose, parce qu'ils ont "des difficultés" et , un beau matin, ou un soir cruel, ils viennent jusqu'à mon bureau et avouent : " Madame, je comprends rien ... "
Et en plus, c'est vrai.
Et en plus, je ne sais plus comment expliquer.
Et en plus, ça ne sert à rien.

J'ai aimé leurs visages d'ados en gros plan, parce que j'aime leurs boutons d'acné, je les aime gros, malhabiles, boutonneux, binoclards, appareillés dentaires, gigotant sur leur chaise et indisciplinés.
Même si je gronde très fort, j'aime les trousses qui tombent et se renversent et m'exaspèrent, les ricanements des "pétasses" , les grossièretés puériles des garçons aux rires d'adolescents puceaux débiles , leurs refus de lire, d'écrire, de travailler, ce combat permanent qu'il faut mener, pour pas grand chose .
J'aime leur répéter toujours la même chose , qu'ils savent pertinemment mais qu'ils n' accomplissent pas d'eux-mêmes - pourquoi ? pour le plaisir du rite ? pour le bonheur de m'entendre répéter : " Ta  casquette ! ,", "Pas de portable  ", " Ouvrez vos classeurs" , "Ecrivez", " Prends ton stylo"...  - pour exister dans mon impatience ?

J'aime leur dureté et leur fragilité, j'aime même qu'ils me  détestent ou me fassent des reproches : "Vous charriez trop, Monsieur " - " Il est nul, ce cours ! "
Et tout ça, c'est dans le film.

Ici, on n'a pas beaucoup de petits beurs, de petits noirs ou de petits jaunes, mais j'ai vu bien des mamans berrichonnes qui ressemblaient, dans le fond, étrangement à cette maman malienne, parce que leur univers était aussi éloigné de l'école que le sien, parce que leur langage était aussi éloigné du nôtre que le sien.
J'ai connu des Ling, Kieu, Phonesavanh qui valaient le jeune asiatique menacé d'expulsion ... aussi travailleurs, intelligents et appliqués, arrivant sans parler un mot de français, et j'ai suivi leurs progrès avec admiration, et fierté lorsque je pouvais les aider.

J'ai aimé ces profs qui contemplent en silence celui qui craque, qui arrive dans la salle des profs en clamant son ras-le-bol, son dégoût, son découragement face à une classe "impossible" et j'ai reconnu les visages silencieux de mes collègues .
 Parce qu'on sait tous que dans ces cas-là, y a rien à dire, qu'à écouter.
J'ai aimé ce match de fin d'année me rappelant mes collègues jouant au foot contre les élèves, j'en connais même qui se sont pris la raclée au baby-foot ... par amour , toute cons ! ou qui ont chanté dans des karaokés ! ...

J'ai aimé le conseil de classe et la réunion parents-profs, qui montrent à quel point tout cela ne sert à rien ! 
 Vanité des vanités ! ...

Je n'ai pas vu souvent de jeunes profs offrir le champagne parce qu'elles sont enceintes, mais lorsque j'attendais Houcine ou Marianne, il m'est arrivé de penser que j'aimerais qu'ils aient l'intelligence, ou la délicatesse, ou le sourire de tel ou tel de mes élèves .

Les refus de lire, c'est du vécu.
La leçon de conjugaison, la rédaction de l'autoportrait , la séance de versification interrompue par une question qui n'a rien à voir avec le cours, c'est du vécu.

Ce film est juste, d'une justesse rare, fine et sensible .
Sans caricature, sans "recette", sans parti-pris, sans solutions , parce que des solutions, il n' y en a pas.
S'il y en avait, ça se saurait ! et depuis longtemps.

Pour moi, il relate une histoire d'amour, une histoire d'amour tragique et impossible entre un prof et ses élèves
.
Evidemment, si on ne LES aime pas, on ne peut pas comprendre et on ferait mieux, autant que possible, de changer de métier rapidement. Malheureusement, l' Education Nationale n'offre guère de portes de sortie, et les couloirs sont pleins de profs sans humanité et d'élèves pleins de haine .

Mais voilà, moi, je les aime, même et peut-être surtout quand ils ne m'aiment pas, eux, parce que je les force à travailler, à faire ce qu'ils refusent de faire,  à se taire, à adopter une posture courtoise, parce que je les interpelle, comme ce prof, sur leur vie et leur rapport à ce que j'enseigne.
Parce que si cet enseignement ne prend pas en compte leurs questions - qui tombent "comme les cheveux sur la soupe", mais ne sont pas si bêtes - parce que si le Journal d'Anne Frank ne conduit pas à faire son propre autoportrait ou à s'interroger sur soi et sa propre vie, je préfère ne pas l'ouvrir avec eux. 

J'ai aimé ces portraits, comme j'ai aimé les portraits que tu brosses, Noam, dans Sur la photo ... parce qu'ils sont authentiques et beaux.

Effectivement, j'ai sangloté cette tragédie .


par Wondermaman publié dans : wondermaman
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Jeudi 20 novembre 2008
Ca y est , je sais combien je vaux !

Je vaux 110 000 euros !

Je le sais depuis hier , depuis que la MGEN a accepté d'assurer le prêt pour le studio de Paris : donc, je vaux 110 000 euros. ( moins mon cerveau, qui lui, ne vaut plus rien, puisque la MGEN accompagne l'accord d'une restriction à son sujet ! )

J'explique : si je meurs (accidentellement ou de maladie)  à condition que mon cerveau n'y soit pour rien , Jean-Pierre - et les enfants - se retrouveront immédiatement propriétaires dudit studio sans avoir à le payer !
Et ils le savent ...
Depuis, je les regarde  - et surtout mon mari ... - avec suspicion : la tentation pourrait être grande de se débarrasser de moi et de faire d'une pierre deux coups ... l' argent et la liberté ...
J'ai intérêt à être gentille ... très gentille même, afin de lui prouver à chaque instant qu'il vaut mieux me garder ... sinon, gare à l' arsenic dans ma soupe ... et comme c'est lui qui fait la cuisine ...

A la fois, ça me fait plaisir : je sais enfin ce que je vaux, et ce n'est pas si mal, la somme est flatteuse ! ... et ça me rassure : je n'avais déjà pas peur de la mort, maintenant, en plus, je suis certaine de faire plaisir aux autres ...
Pour le cerveau, ça ne m'étonne pas , je m'en doutais - depuis longtemps ...
Mais à ce prix, ça valorise le corps ! ... Vous vous rendez compte ? 110 000 euros, sans le cerveau !
Et en même temps, ça m'inquiète un peu ...
Qui voudra encore me garder à ce prix ?

En fait, ce qui m'inquiète, c'est de ne pas valoir vraiment cette somme- là ...

Heureusement, la société a inventé la police, les juges et la prison pour me protéger .

Mais quand-même .... l'autre soir, j'ai regardé Match Point à la télé sur la 2 , et ça ne m'a pas vraiment rassurée ...
par Wondermaman publié dans : wondermaman
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Mercredi 19 novembre 2008
Tranquillité , voici la vertu de notre onzième semaine !

Ne vous laissez troubler, ni par des bagatelles, ni par des accidents ordinaires ou inévitables.

Pour vous, je ne sais pas, mais pour moi, pas de problème : je suis une nature fort tranquille .

Frédéric Révérend cite La Rochefoucauld : " Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs."
C'est vrai, le repos, je l'ai trouvé en moi, pas ailleurs, je ne crois pas qu'il faille attendre le moindre secours de l'extérieur : on naît seul, on vit seul et on meurt seul.

Lisons, ou relisons donc  De la tranquillité de l'âme, de Sénéque ...

J' aime cette vertu, inconstestablement ma préférée. J'aime être tranquille . Je le suis et ne me laisse pas facilement troubler, ni par des petites choses, ni par les événements de la vie.
Je crois avoir hérité cette vertu de mon père dont le calme m'a toujours impressionnée.
J'irai jusqu'à dire que plus la situation est grave, plus je suis tranquille, parce que j'ai compris depuis longtemps qu'il ne sert à rien de paniquer et que le sang-froid est le meilleur remède à tout.
Cette vertu m'a permis de traverser jusqu'à présent les petits accidents de la vie en paix, d'accoucher dans le calme et de conduire mes proches ou moi-même jusqu'aux portes des blocs opératoires avec un sourire paisible.
Ce n'est pas une vertu, c'est une bénédiction, cela ne me demande aucun effort, c'est comme ça.
J'ose espérer que cela tranquillise Houcine et Marianne qui savent qu'on peut m'annoncer les pires catastrophes sans m'émouvoir, en apparence.

Le secret ?
Une bonne respiration ventrale, une confiance absolue en Dieu , un optimisme sans faille ( "On va y arriver", "On s'en sortira" ) et, au pire, une résignation acquise douloureusement et durement au contact du continent africain, par les voyages et par la vie ...
Et j'aime la solitude.

Ne croyez pas, cependant que RIEN ne puisse me troubler ! Hélas !

Certains êtres ou certaines situations me troublent prodigieusement, et justement, il ne s'agit - malheureusement - ni de "bagatelles" ni des "accidents ordinaires ou inévitables" !
Et quand je suis troublée au point de perdre ma légendaire et sacro-sainte tranquillité, c'est grave, très grave même, car alors là ... bonjour les cataclysmes ! Il n'y a plus ni respiration abdominale ni confiance ni optimisme ni résignation ni raison ni RIEN qui tienne !  non ! seulement la panique GRANDE , terrifiante et totale, et l'incapacité de faire face.
Morte, je suis .
Ou pour le moins paralysée et ridiculement stupide, avec un  coeur qui bat si fort que sa seule solution serait de s'arrêter.

Donc, pour éviter ça, une seule solution : éviter de se mettre dans ces états là et  fuir le plus vite possible au moment critique.

Parce que ma tranquillité, j'y tiens. J' y tiens même tellement que je l'ai nommée LIBERTE , et alors là, pas touche !
par Wondermaman publié dans : Treize semaines de Vertu ...
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Lundi 17 novembre 2008

La leçon du jour : il ne faut jamais rester sur un échec !

La deuxième leçon du jour : si vous en avez ras-le-bol du tango argentin, il va falloir changer de blog !
 
Et oui, j'y suis retournée hier, avant d'aller au  cinéma ! et cette fois-ci, hourra ! victoire ! ça a marché ! ... comme quoi, il ne faut jamais rester sur un échec, je le disais en commençant ...

Et le secours vint d'abord d'une femme !

Au stage se trouvait  Eladia, la partenaire de notre professeur, Diego . Et elle,  il ne lui a pas fallu plus d' un quart d'heure pour repérer mes problèmes , mais ça, c'était visible et par trop évident : tout le monde avait remarqué !  Par contre, ce qui est bien, c'est qu'à elle, il ne lui a pas fallu plus de 5 minutes pour les résoudre : elle m'a rectifié ma position, fait changer mon poids du corps, rentrer le ventre, sortir les fesses, tendre les jambes , et le tour  était joué ! ... Ou du moins, ça allait déjà beaucoup mieux, car pour la suite, il me faudra des semaines - des mois ? des années ? - pour arriver à quelque chose d'acceptable.
Mais j'ai repris courage , entrevoyant - enfin ! - une solution .

Pour ce qui est du reste ... ça s'est arrangé aussi !

Vendredi, j'avais dansé avec un monsieur qui est un super- bon -excellent -danseur, et, qui plus est, ne danse jamais qu'avec sa femme. Donc, j'étais très impressionnée et pour tout dire paralysée par la trouille .... bête et méchante, comme toujours, et par conséquent, plus nulle que nulle !

J'étais repartie  convaincue que plus jamais il ne m'approcherait, consterné d'avoir trainé un tel boulet . Et bien, j'ai dû tomber sur le super héros du siècle ou sur un inconscient ou un masochiste pire que moi ... car hier, il est revenu vers moi ! ...

Cette fois-ci, j'ai pris conscience de la situation :

1. Il m'impressionnait grave de chez grave !

2. Et je me suis aperçu que je l'intimidais au moins autant qu'il m'impressionnait !

Moralité : la catastrophe !
Quand les deux partenaires sont presque également terrorisés l'un par l'autre, voilà le résultat !

Alors ???  Ben, on a réussi à surmonter, moi ma paralysie, lui sa timidité :  je lui ai avoué qu'il m'impressionnait beaucoup, il a pris les choses en main , m'a o-bli-gée à me décontracter en me secouant les bras , on s'est regardé en face, il m'a fait sourire et : il m' a or-don-né de me calmer ... et voilà ... c'était parti !

Comme quoi, il faut savoir faire preuve d' autorité et d'humour avec les juments rétives !

par Wondermaman publié dans : Tango argentin
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Dimanche 16 novembre 2008
Je rentre, quasi à l'instant, du cinéma où je viens de voir Entre les murs.

Bouleversant.
Pour moi, du moins.
J'ai sangloté comme une madeleine.
A la fin du film, je suis restée à pleurer à chaudes larmes dans mon pull sans pouvoir me lever ni sortir de la salle, sous le regard inquiet de quelques spectateurs médusés.
" Ca va aller, Madame ? "
Heureusement, ma voisine avait également l'air passablement émue, du moins , ce que j'ai pu en ressentir ...

J'étais bouleversée.
Je n'ai pas pleuré comme ça depuis une éternité, surtout au cinéma.

Je vous en reparlerai peut-être, quand j'aurai digéré.

Le livre m'avait fait rire, et réfléchir .
Le film m'a fait pleurer.
Beaucoup.
Je suis encore pleine de larmes.

Quand même, y a pas à dire  : entre eux et moi, c'est sans doute, sans que j'en aie toujours conscience, "ma plus belle histoire d'amour " ...  tragique !
par Wondermaman publié dans : wondermaman
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